Pascal Charrier : "J’ai souhaité rendre hommage à ces parcours de vie"
Et si le jazz racontait des histoires d’exil, faisait dialoguer les cultures et donnait envie de danser ? Avec Echoes from Morocco, le Kami Octet de Pascal Charrier tisse des liens entre jazz contemporain et musiques traditionnelles marocaines, sur fond de récits de vie qui ont marqué le compositeur. À quelques jours de leur concert au Petit faucheux, le 24 octobre, Pascal Charrier a répondu à nos questions sur la genèse de ce projet, sa rencontre avec ces histoires et la collaboration avec le célèbre percussionniste Karim Ziad.
La rencontre avec le Maroc est au cœur d’Echoes from Morocco. Comment est né ce projet ?
Outre le fait que je baigne depuis toujours dans les cultures Méditerranéennes, et que j'ai appris à jouer du Oud il y a de cela 25 ans au Maroc, ce projet est né suite à des entretiens que j'ai enregistré de personnes qui ont émigré du Maroc vers la France. A la suite de ces entretiens j'ai retenu particulièrement les histoires du parcours de vie de trois personnes.
Qu’est-ce qui vous a particulièrement attiré dans les musiques traditionnelles marocaines, et comment les avez-vous fait dialoguer avec l’univers de Kami Octet ?
Les musiques arabes et moyen-orientales imprègnent mon écriture depuis longtemps, mais pour ce projet j'ai eu envie de m'appuyer de manière beaucoup plus explicite sur les rythmes de Chaabi et Gnawa pour emmener les auditeur.ices vers la sensation de la danse.
Pour faire dialoguer ces musiques avec l'écriture Jazz Contemporain de Kami Octet j'ai articulé des mélodies très horizontales écrites en lignes de fuite les unes avec les autres. Pour les deux grandes pièces j'ai écrit plutôt à deux voix avec des mélodies qui s'étendent et se croisent de manière presque aléatoire. Ces mélodies sont appuyées sur des rythmes qui eux sont assez répétitifs ce qui crée comme un flux, un continuum par dessus lesquels les mélodies naviguent.
Kami Octet réunit huit musiciens aux personnalités et aux sensibilités différentes. Comment compose-t-on pour une telle formation ?
Ce programme est le troisième que j'ai écrit pour Kami Octet et à chaque fois j'entends le groupe sonner avec son timbre si particulier et la manière dont chacun.e sonne dans cette matière. Je place la voix comme un instrument d'orchestre dans le médium ce qui donnes une texture très particulière au son de l'ensemble. La voix est souvent doublée par le trombone ou le sax alto.
Karim Ziad est une figure majeure des musiques du Maghreb. Comment s’est construite votre collaboration autour d’Echoes from Morocco ? Qu’a apporté son expérience, sa connaissance des rythmes et des musiques marocaines ?
C'est un heureux hasard. J'ai étudié avec Karim il y a 20 ans et je me souviens très précisément de ce qu'il m'a transmis. Je l'ai joint pour lui demander s'il connaissait quelqu'un qui pourrait jouer des percussions dans le groupe et c'est lui qui m'a proposé de participer au projet. Je n'en revenais pas j'avoue que j'ai un peu fait des bonds ! J'ai pensé un peu la place de Karim comme un son de percussions dans la Mystic Rythm Society de Steve Coleman mais à la place d'avoir des percus cubaines, ce sont des percus du Maghreb. L'idée est que cela génère un continuum de groove. Son intervention colore immédiatement la musique et révèle le côté oriental de l'écriture des mélodies.
Depuis les débuts de Kami Octet, votre musique a exploré différents territoires et développé une identité singulière. Quels liens voyez-vous entre vos précédents projets et Echoes from Morocco ?
On peux dire que l'identité de Kami Octet repose sur une recherche sur le timbre avec des instruments traditionnels du jazz acoustique avec des contrepoints rythmiques élaborés et avec des appuis inhabituels. Dans Echoes From Morocco c'est ce timbre si spécifique à Kami Octet qui fait le lien avec les autres répertoires et aussi la nature des mélodies qui sont systématiquement issues du chant, de la voix.
Dans Echoes from Morocco, vous faites aussi écho aux récits de personnes exilées. Comment ces témoignages se sont-ils intégrés au projet musical ?
Les témoignages ne sont pas intégrés a l'écriture (pour l'instant) car j’essaye de ne pas trop théâtraliser le répertoire et de rester au plus proches de ce que nous savons faire le mieux, jouer de la musique . J'ai souhaité rendre hommage plus que de témoigner. Ce sont ces parcours de vies qui m'ont touché et m'ont donner envie de leur faire honneur. En ce qui concerne la pièce Umi, celle-ci découle d'un poème qui m'a été récité par une des personnes et qui signifie la mère en arabe. Pour écrire la pièce, je me suis inspiré de ce que la personnes dégageais comme charge poétique et je me suis appuyé sur sa diction pour construire le rythme des phrases de basse.