Du 01 septembre 2016 au 31 juillet 2017

Photo Nicole Caligaris

Nicole Caligaris – Auteure associée

Cette auteure parisienne a publié une vingtaine de livres, romans ou essais, notamment aux éditions Verticales, Mercure de France ou Le Nouvel Attila. Elle a aussi participé à de nombreux ouvrages collectifs ainsi qu’à des pièces radiophoniques.
Comme dans l’improvisation en musique, Nicole Caligaris aime les voyages en terres inconnues, la liberté de la forme, les jeux littéraires. Elle a expérimenté les rencontres inattendues dans d’autres disciplines, par exemple dans “Le jour est entré dans la nuit”, essai consacré au sculpteur contemporain Hubert Duprat, “La scie patriotique”, récit inspiré des dessins de Denis Pouppeville, “Les Samothraces”, récit illustré des photographies d’Eric Caligaris.

Nicole Caligaris a souhaité s’installer cette saison au Petit faucheux pour aborder la question de l’improvisation. Cette association a été possible grâce au soutien de la Région Centre-Val de Loire dans le cadre du dispositif “auteurs associés” proposé par Ciclic.
http://pointn.free.fr
www.lenouvelattila.fr/les-samothraces
http://livre.ciclic.fr/actualites/nicole-caligaris-tous-les-temps-de-l-etonnement

Site de Nicole Caligaris
ARTICLE NOUVELLE RÉPUBLIQUE
Livret-écrits-Nicole-Caligaris

Couverture Nicole Caligaris

Rencontre inattendue, pays fertile

Lire et écrire à partir de la musique, avoir la possibilité de pratiquer l’exercice difficile d’inventer des récits littéraires au contact de la musique jouée, c’est le sens que je donne à mon association avec une scène musicale.
L’inattendu, c’est ce que les improvisations ont des chances de produire. C’est sous le signe de l’inattendu que je placerai ce projet. Nous voyons ces temps-ci régner l’argument de l’inévitable sur tout ce qui réduit à un mouchoir de poche la latitude de nos gestes et de nos existences. L’inévitable a pris on ne sait comment plus de sens que l’inattendu.
Ce à quoi répond le saxophoniste Wayne Shorter, à propos de la musique, dans un hommage à Albert Ayler : “Certains voudraient nous convaincre qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Mais si, il y a du nouveau sous le soleil.” Sans grand discours, par la création en train de se produire, nos rencontres inattendues relèvent comme un gant cette question écrasée par les circonstances : comment inventons-nous ?
Nicole Caligaris

Départ du récit de Nicole Caligaris, transcrit après la version orale improvisée le 15 septembre 2016 lors de l’ouverture de la saison du Petit faucheux, avec Jozef Dumoulin au piano

“Dans les années quatre-vingt, il y avait encore un marché aux puces, au Kremlin Bicêtre, dans la banlieue de Paris. Quelques types de la cloche étalaient là, après le passage des boueux et l’arrosage des rues, ce qu’ils avaient récolté la nuit en sondant plus ou moins superficiellement les poubelles des quartiers de Paris. À cette époque, des recherches littéraires me faisaient aussi fréquenter les poubelles de certains quartiers jusqu’à des heures assez tardives, c’est comme ça que j’ai rencontré un personnage dont j’ai retrouvé plus tard le surnom dans un livre : Slade.
C’était toute une époque, elle est passée. L’homme s’était fait entre deux murs une cabane qui valait la visite. Mais ça n’est pas ce que je veux raconter ce soir.
Ce soir, je voudrais vous présenter un projet littéraire un peu particulier.Je cherche à retrouver un livre. Comprenez-moi bien : je ne cherche pas, physiquement, l’exemplaire d’un livre que je sais irrémissiblement perdu, hélas ; non, je cherche à reconstituer de mémoire le récit dont Slade avait trouvé un soir le manuscrit, dans une petite caisse en bois au couvercle grossièrement sculpté, d’où glissaient quelques photos dentelées et des torchons jaunis. Au fond de cette caisse était resté un gros album épais comme on en faisait au XIXe, dont les doubles pages entaillées devaient accueillir des photographies et, heureux temps qui sans ciller savait fixer l’avenir, témoigner devant les décennies des hommes qui les avaient prises et des hommes qu’elles montraient, sous leur reliure ouvragée dont on sentait qu’elle aurait pour mission d’imposer ces raides images d’aïeux à quatre générations d’héritiers balbutiants, stupéfaits et contrits.

La reliure de notre album était d’ailleurs une pièce d’art unique en son genre, mais j’y reviendrai, je n’ai pas le temps d’en parler ce soir. Ça n’étaient pas des photographies, qu’une main dont bien entendu nous ignorions tout avait collées sur ces pages, mais de petits feuillets couverts d’une écriture serrée que Slade et moi passâmes des mois à déchiffrer signe à signe.”

NICOLE CALIGARIS POURSUIVRA CE RÉCIT LORS DE SA PERFORMANCE DU 21 MARS AVEC ANDY EMLER, PROPOSÉ DANS LE CADRE DU PRINTEMPS DES POÈTES.
ENSUITE ELLE INVITERA LES SPECTATEURS OU LECTEURS DE SON RÉCIT AUGMENTÉ À PARTICIPER À UNE TROISIÈME PHASE D’ÉCRITURE EN LUI ENVOYANT DES MOTS, DES PHRASES, DES IDÉES, DES LIEUX, DES PERSONNAGES, DES SITUATIONS.

Printemps des Poètes : Nicole Caligaris et Andy Emler -> 21 mars à 20h