Du 01 septembre au 31 décembre 2017

Jozef Dumoulin © Rémi Angeli

Jozef Dumoulin – Artiste associé

Interview de Françoise Dupas, directrice du Petit faucheux

FD : Que signifie pour toi être artiste associé à un lieu ?  

JD : C’est une première expérience pour moi ! Dans le cas du Petit faucheux, le cadre général est défini. Il s’agit de programmer un certain nombre de soirées par an et de participer à des actions culturelles. C’est un rôle très clair, que j’ai essayé de remplir au mieux : d’une part en proposant des concerts et des artistes qui représentent à la fois ce qui me fait vibrer un maximum et qui peuvent aussi s’inscrire dans les habitudes de ce lieu; et de l’autre en essayent de vraiment comprendre l’enjeu des échanges avec les écoles et y être entièrement présent lorsque j’y participe.
Après, comme tout dans la vie, ce que je décris là n’est que l’emballage de quelque chose qui se remplit au fur et à mesure de petites et grandes et très grandes expériences. J’ajouterais plein de rencontres avec une multitude de personnes différentes – les permanents du lieu, le public, des enfants, des musiciens de la région, etc. Programmer une soirée sur papier est une chose, mais passer par toutes les étapes de mise en place et surtout la vivre le moment venu c’est encore autre chose. Et c’est cet ensemble qui donne à ce genre d’entreprise une grande richesse à plein de niveaux. Personnellement j’ai adoré! 

FD : Qu’est-ce que cela implique en terme d’investissement, de questionnements, d’avancées, de contraintes, de nouveautés, d’obligations, de liberté, de moyens, de rencontres ? et autres avantages et inconvénients ?

JD : La liste des opportunités et des avantages est très longue. Etre artiste associé m’a permis de présenter des projets personnels dans des conditions optimales, et d’en développer et d’en imaginer de nouveaux. Aussi j’ai pu réaliser quelques vieux rêves, comme la performance autour de « Vexations » d’Erik Satie. Cela m’a aussi permis de participer à des aventures qui n’étaient pas initiées par moi, comme le concert en duo avec la pianiste classique Caroline Cren, ou la soirée avec les danseurs du CCNT (prévue pour 2018).
Et puis, le fait de voir ce que chaque événement implique en amont (c’est assez énorme !), et donc de vivre comment fonctionne un endroit comme Le Petit faucheux, a été particulièrement instructif, car je n’avais jamais auparavant été de ce côté de la scène. 

Plusieurs des nouveaux projets que j’ai pu mettre en place sont conçus pour exister sur un plus long terme. Et au niveau de la projection d’idées et de l’inspiration, je sais que tout ce que j’ai pu projeter ou vivre pendant ces deux années va continuer à m’interpeller et me nourrir dans le futur. J’ai également pu apprendre des choses pratiques qui vont m’aider à porter des projets et à réaliser des envies, même celles qui paraissent légèrement “folles ».

De plus, j’ai pu rencontrer beaucoup de personnes que je n’aurais sans doute pas rencontré autrement, comme des musiciens locaux, d’autres artistes, des gens du public, etc. J’ai été particulièrement touché par le travail avec les classes d’école, même si je ne voyais pas très souvent les élèves. Participer au travail, voir tous ces jeunes gens si vifs et uniques, voir l’engagement des instituteurs et l’organisation d’une classe d’école, je l’ai vécu comme un petit privilège.    

FD : Selon toi, quels sont les ingrédients absolument nécessaires pour une association réussie ?

JD : À part l’exécution plutôt heureuse du cahier des charges comme décrit plus haut, je vois un élément qui me semble primordial. Je crois qu’une association est réussie si la structure qui accueille arrive à faire sortir l’artiste de ses habitudes pour le plus grand plaisir de l’artiste, et si l’artiste en retour arrive à faire de même avec la structure. Là il se passe quelque chose de vrai !
En tout cas : je remercie de tout cœur tous les artistes qui sont venus jouer, le public, les professeurs d’écoles, les enfants et – spéciale dédicace – toute l’équipe du Petit faucheux. Je crois sincèrement qu’on ne peut pas mieux tomber qu’au Petit faucheux en tant qu’artiste associé. 

FD : Quelles ont été tes découvertes sur ces deux années au Petit faucheux ? Tes surprises (bonnes ou mauvaises)? Ce qui tu as pu apprendre ou comprendre au niveau de la pédagogie, du montage de projets, des concerts, des relations aux publics, de l’action culturelle ?

JD : Découvertes : parler dans un micro devant un public si ce n’est pas dans le cadre d’un concert, ça s’apprend. Puis lors du Mégaboeuf en février dernier j’ai rencontré des jeunes musiciens et danseurs locaux supers ! Et encore: si c’était à refaire, je réessayerais d’une autre façon de faire comprendre aux petits enfants pourquoi j’adore jouer le Fender Rhodes avec des effets, alors que pour eux (aussi) du Schumann au piano acoustique est plus facile d’accès. Autre découverte : le cèdre du musée des Beaux-Arts !
Au niveau du partage, j’ai été un peu surpris par le fait que c’est difficile de casser certains murs. Il y a un aspect qui me passionne et que j’aimerais beaucoup développer encore dans le futur, c’est faire de la musique réunissant des personnes avec des profils très différents. Personnellement je prends un plaisir énorme à jouer avec des gens de tous les âges, tous les niveaux et tous les backgrounds, et à mélanger les styles musicaux. Je remarque que je viens peut-être d’une culture, flamande, où cela se fait un peu plus facilement qu’ici en France. Je pense qu’il reste beaucoup à faire.

FD : Que dirais-tu aujourd’hui à un musicien qui hésiterait à être artiste associé ?

JD : Tout dépend des raisons des hésitations. Mais je crois qu’il y a peu de bonnes raisons pour ne pas se lancer dans ce type d’aventure, surtout si on a beaucoup d’envies musicales et plein de tiroirs remplis d’idées. Pourquoi hésiter si on aime apprendre et si on prend plaisir à rencontrer des nouvelles personnes dans beaucoup de contextes différents.

FD : Que dirais-tu aujourd’hui à l’équipe d’un lieu qui hésiterait à prendre un artiste associé ?

JD : Il y a tellement d’artistes différents dans ce monde, tellement de gens qui essayent de tracer leur propre chemin. C’est un beau cadeau de permettre à certains de développer leur travail pendant une petite période, épaulés par une structure qui a le savoir faire et les moyens pour concrétiser des idées. Et cet artiste peut amener sa couleur, sa patte. Donc si l’échange est réciproque, tout le monde en sort gagnant.  

DES PROPOSITIONS DE PROGRAMMATION :

True Comany #2 + Craig Taborn -> 24/11/2017
Cédric Piromalli & Jean-Baptiste Réhault « My Harpsichord Songbook #2 » + Jozef Dumoulin & Arve Henriksen jouent Hildebard Von Bingen -> 15/12/2017